Le système de coopératives agricoles (muzâra’a)

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Al-Bukhari nous apprend dans son “livre sur la culture des champs et le partage des récoltes” que les familles des grands compagnons pratiquaient un systeme de coopératives agricoles appelées Muzara’a ou “partage des récoltes”, qui remontait aux origines de la fondation de la Cité musulmane en l’an 1H. Ce systeme original du Muzara’a institué et codifié par le Prophète (saws) consistait à partager des récoltes entre les propriétaires des terrains et des ouvriers volontaires, permettant d’offrir des emplois à des personnes désoeuvrées et dépourvues de terres. Ce système était particulier dans la mesure où la rémunération se faisait exclusivement en nature. Comme il n’y avait pas de salaire, ce systeme s’apparentait davantage à un échange de service, d’entraide dans un cadre collectif et communautaire, qu’à un véritable salariat. Le partage était fixé à 50% ; c’est-à-dire que le propriétaire laissait les volontaires exploiter ses jardins et récupérait la moitié des récoltes, tandis que l’autre moitié était partagée entre les volontaires.

L’un des avantages du partage des récoltes est que les propriétaires modestes n’étaient pas contraints de rémunérer les ouvriers en argent. Ils pouvaient ainsi exploiter des terrains agricoles qu’ils auraient été incapables d’entretenir seuls et rémunérer les ouvriers sur la récolte sans verser de salaire. Tandis que les ouvriers pauvres qui ne possédaient pas de terrains trouvaient là naturellement une source d’emploi et de rémunération. Ibn Taymiya a souligné le caractère parfaitement équitable de ce système qui représentait une voie intermédiaire entre la location de terre et le salariat. Dans le cas de la location, le propriétaire touche un loyer fixe tandis que le locataire est soumis aux aléas des récoltes, dans le cas du salariat, la situation est inverse : l’ouvrier touche un salaire fixe tandis que le propriétaire peut être déficitaire si la récolte est mauvaise, ou au contraire s’enrichir les bonnes années au détriment de l’ouvrier dont le salaire est fixe, et qui de surcroit est contraint de travailler davantage. Le partage des récoltes soumettait le propriétaire et l’ouvrier aux mêmes aléas et leur offrait un salaire proportionnel aux récoltes annuelles et à l’effort fourni.

Sans être interdit, la location et le salariat étaient fortement déconseillées, car le modèle de société que prônait l’Islam favorisait l’autonomie des individus et réprouvait les rapports de domination maîtres/serfs ou patron/employés et tout ce qu’ils impliquaient d’aliénation et d’avilissement. Ce mode d’exploitation prôné par l’Islam permettait d’éviter l’apparition d’inégalités sociales et culturelles importantes, car le sevrage entrainait le maintien d’une partie de la population dans un statut d’employés peu cultivés.

[Histoire politique de l’islam – Tome 1 – A.Soleiman Al Kaabi]
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