Le mirage du light

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L’augmentation de la consommation de produits light est exponentielle depuis plusieurs années : glaces, yaourts, brioches, et autres produits ont tous désormais une version “allégée” censée être bonne pour vous et votre ligne. Au delà d’un packaging “santé” et de promesses minceur attirantes, quelles sont les réelles conséquences d’une consommation de ces produits dit “light”. Que contiennent-ils et le sont-ils réellement ?

Selon les estimations de Xerfi, le secteur de la minceur au global pesait entre 2,6 et 3 milliards d’euros en 2011 en France, dont environ 1,5 milliard d’euros pour les produits allégés. La motivation de combattre le surpoids et de contrôler son poids est très répandue parmi les Français et explique qu’à 25 ans, les gens ont déjà suivi autant de régimes que leurs aînés de 50 ans.

On estime que 25% d’entre nous, soit un français sur quatre, consomme des produits allégés de manière régulière.

35 % des adultes interrogés consomment un produit allégé en sucres au moins une fois par semaine, surtout sous forme de boissons, de produits frais ou de compotes. Mais ces personnes compensent en consommant davantage de produits : entre 30 et 35 % de quantité en plus. Ce phénomène est confirmé par les études : un produit comportant une allégation nutritionnelle ou de santé du type “allégé” est un produit qui est est consommé en plus grande quantité, souvent d’ailleurs sans que le consommateur s’en rende compte.

Un produit n’a le droit de porter le terme d’”allégé” uniquement que si sa teneur en nutriments ou sa valeur calorique sont réduites d’au moins 25 % par rapport à un produit de référence.

Tout le problème va se situer dans la “compensation” de ces 25% manquants. Car dans l’exemple d’un yaourt appauvri en matière grasse, on ajoutera aisément de la gélatine (issue de carcasse porcine en majorité) pour l’effet texturant. Dans son ouvrage, Michel CYMES prend l’exemple du chocolat. Fait à partir de fèves amères, sans ajout de sucre ou de gras il est difficile de le consommer. Dans le cas d’un chocolat “light”, les industriels remplacent le sucre par un édulcorant mais surtout rajoutent des matières grasses dans le produit. A la finalité, il en devient bien plus calorique qu’une tablette de chocolat classique.

Que contiennent finalement les produits light?

Deux types d’additifs, pour réduire les graisses :

  • Des épaississants naturels : carraghénanes, cellulose, gomme de guar, gomme gellane (caroube),
  • des épaississants chimiques : gels, gélatine, gomme xanthum,
  • des glucides : les amidons (dextrines, malto-dextrines, amidons modifiés issus d’amidons naturels du blé, du maïs et de la pomme de terre), le polydextrose, les fibres alimentaires modifiées,
  • Des protéines : concentré protéinique de lactosérum, blanc d’oeuf et protéine de lait à microparticules, protéine végétale hydrolysée,
  • Des lipides : Caprénin, salatrimmono et diglycérides, olestra, les huiles végétales partiellement hydrogénées, lécithine.

Et pour réduire le sucre :

  •  Les édulcorants intenses  : l’acésulfame K (E 950), l’aspartame (E 951), le sel d’aspartame-acésulfame (E 962), la saccharine (E 954), les cyclamates (E 952), la thaumatine (E 957), la néohespéridine DC (E 959) et le sucralose (E 955),
  • Les édulcorants de charge ou polyols  : le sorbitol (E 420), le mannitol (E 421), l’isomalt (E 953), le maltitol (E 965) le lactitol (E966) et le xylitol (E 967). Ils remplissent également d’autres fonctions, dont celles d’agents de charge, d’émulsifiants, d’épaississants, d’agents d’enrobage et d’anti-agrégants,
  • Les  sirops de glucose.

La recherche de naturalité est l’une des nouvelles tendances du marché de l’allégé. On substitue des produits naturels aux chimiques. La Stévia et le xylitol ont désormais bonne place dans nos rayons et les recherches scientifiques continuent pour trouver d’autres additifs plus naturels.

Le pire additif restant de loin le sirop de glucose-fructose.

Le sirop de glucose-fructose est l’un des instruments phare de l’alimentation industrielle et est très utilisé dans le light également.

En 2015, Anne-Françoise Burnol, biologiste et directrice de recherche au CNRS expliquait que “la consommation de fructose est associée à une modification du métabolisme incluant une augmentation des lipides et du cholestérol circulant dans le sang, ainsi qu’une accumulation de graisse hépatique. Le fructose agit aussi par le biais d’autres mécanismes moléculaires qui provoquent une altération de l’action de l’insuline dans l’ensemble des tissus de l’organisme et induisent le développement de la masse grasse viscérale, considérée comme le « mauvais tissu adipeux ». Il exerce un effet plus faible que le glucose sur la sécrétion d’incrétines, des hormones intestinales qui favorisent l’action de l’insuline et la régulation de la glycémie.” Il est également “beaucoup moins efficace que le glucose pour induire la satiété. Sa consommation peut notamment entraîner une résistance à l’action de la leptine, une hormone produite par le tissu adipeux et qui agit au niveau du cerveau pour réduire la prise alimentaire. Alors qu’on sait que le goût sucré provoque chez les animaux de laboratoire une addiction comparable à celle des drogues, le fructose, qui a un pouvoir sucrant cinq fois supérieur à celui du glucose, pourrait agir comme un « super-sucre » entraînant une véritable dépendance.”

Et on évitera le sujet de l’aspartame, dont les méfaits sont désormais connus de tous. Vous pouvez revisionner notre entretien avec Corinne Gouget à ce sujet.

En résumé, retenez que le light ne fait pas maigrir. Quand il ne fait pas tout bêtement grossir… C’est une invention qui, sous couvert de se préoccuper de votre tour de taille et de votre santé, permet aux géants de l’agroalimentaire de décliner un même produit sous plusieurs formes pour des raisons marketing : un produit d’une même marque existant sous deux formes (classique et allégée) occupera toujours plus de place dans les rayons des supermarchés que s’il n’existe que sous sa seule forme classique.

Michel Cymes – Vivez mieux et plus longtemps.