Une expertise confirme la thèse de la mort par asphyxie d’Adama Traoré

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Le jeune homme était mort lors de son interpellation par les gendarmes le 19 juillet.

Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’ancien procureur de Pontoise Yves Jannier, aujourd’hui avocat général près de la cour d’appel de Paris. Les résultats de la contre-expertise demandée par la famille d’Adama Traoré, 24 ans, décédé lors d’une interpellation par les gendarmes, le 19 juillet, à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise) contredisent les affirmations assénées par le magistrat lors de la mort du jeune homme.
Dans leurs conclusions datées du 22 juin 2017 que nous avons pu consulter, le professeur Jean-Patrick Barbet et le docteur Pierre Validiré, soulignent qu’«aucun signe ne permet d’évoquer un état infectieux antérieur» chez Adama Traore. Or à l’époque, pour expliquer le décès du jeune homme, le magistrat avait avancé l’hypothèse d’une «infection très grave» non mentionnée dans l’autopsie. L’ex-procureur de Pontoise évoquait également une absence de «trace de violence» en passant sous silence l’asphyxie. Et ce malgré deux rapports d’autopsie, dont l’un soulignait que la mort du jeune homme était dû à «un syndrome asphyxique» possiblement causé par la manière dont il a été interpellé. Un décès par asphyxie qu’entérine les conclusions de la contre-expertise demandée par la famille Traoré. «L’ensemble de ces constations permet de conclure que la mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un effort et de stress», observent les deux experts dans leurs conclusions.

Lors de son arrestation, Adama Traoré avait été maintenu au sol sous «le poids des corps» de trois gendarmes. Il aurait à ce moment-là dit «j’ai du mal à respirer», d’après l’un des gendarmes auditionnés, et dont la version est confirmée par ses collègues. Ces derniers ont aussi déclaré qu’au moment du malaise, ils ont mis le jeune homme en position latérale de sécurité (PLS). Ce que contredit un sapeur-pompier qui affirme que lorsqu’il est arrivé, Adama Traoré se trouvait «face contre terre, sur le ventre, main dans le dos menottées».

Les gendarmes bientôt entendus ?

La famille Traoré avait obtenu en octobre 2016 le dépaysement de l’affaire instruite au tribunal de grande instance (TGI) de Pontoise pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner». Et le procureur Yves Jannier a quitté son poste pour celui moins exposé d’avocat général près de la cour d’appel de Paris.
«Cette contre-expertise médicale réalisée par un collège d’experts est très importante car elle écarte de façon définitive la thèse du de l’ancien procureur de Pontoise», assène Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille Traoré. Selon le conseil, celle-ci confirmerait l’hypothèse des violences par compression thoracique exercées par les gendarmes sur Adama Traoré.

 

La famille de Traoré pourrait saisir le Conseil de la Magistrature «afin que Yves Jannier soit sanctionné pour ses déclarations contraires à la vérité». Quant aux gendarmes, ils pourraient être entendus rapidement par les trois juges du TGI de Paris où le dossier a été transféré, suite au dépaysement.