Le mythe de Poitiers ou la bataille de Toulouse

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La défaite de Poitiers ne fut cependant pas un véritable « écrasement », mais plutôt un repli en bon ordre des troupes musulmanes après l’échec d’une simple razzia. En effet, comme l’indique la revue internet Occitania : « contrairement à l’image d’Épinal traditionnelle, Charles Martel n’arrêta pas vraiment les « Arabes » à Poitiers, mais renvoya vers le Sud et la Septimanie des guerriers musulmans, chargés de butin, qui n’étaient sans doute pas très nombreux. Les Francs semblent d’ailleurs avoir été si peu surs d’eux qu’ils se retirèrent, semble-t-il, aussitôt au nord de la Loire. La légende veut qu’un certain nombre de musulmans – blessés ou déserteurs – soient restés aux alentours du site de la bataille et aient fait souche dans le pays, entre Poitiers et Tours, où certains villages garderaient des traces de cette installation. »

Par contre, et c’est sans doute là l’origine de cette confusion, la bataille de Toulouse de 721 fut une réelle défaite à laquelle, d’ailleurs, les Francs ne participèrent pas, bien que la bataille fut officiellement vassale du royaume des Francs. Cette bataille fu remportée par le duc Eudes d’Aquitaine (qui n’était pas franc mais wisigoth) renforcé par des Vascons (ancêtres des Basques). D’ailleurs les chroniqueurs musulmans anciens ne mentionnent pas Poitiers, alors qu’ils déplorent amèrement la défaite de Toulouse en 721. Il faut voir là une manipulation de l’histoire par les Carolingiens (héritiers des Francs mérovingiens) qui voulaient accroître leur prestige par cette glorieuse « victoire » de Poitiers, tout en passant sous silence que ce furent les Aquitains (Gallo-romano-wisigoths) qui portèrent le coups le plus décisif à l’expansion Sarrasine en Gaule.

Ainsi, la revue Occitania (article : « Septimanie musulmane »), écrit pour sa part : « Al-Samh mit le siège devant Toulouse mais, bien que Charles Martel soit resté sourd à ses demandes réitérées de secours, le duc d’Aquitaine [Eudes] / …/ réussit à rassembler des troupes dans son duché et fit également appel à des mercenaires vascons. / …/ En 721, ces Vascons étaient donc aux côtés des Aquitains, et Eudes, sans l’aide des Francs, réussit à habilement manœuvrer et les troupes qu’il avait rassemblées tombèrent sur les arrières de l’armée assiégeante. L’émir Al-Samh fut très grièvement blessé au cours des combats – certains chroniqueurs pensent même qu’il fut tué devant Toulouse – et les Musulmans durent se résoudre à faire retraite vers Narbonne. Devant la baisse du moral de ses troupes, habituées aux victoires depuis leur entrée en Europe, le lieutenant d’Al-Samh, Abd el-Rahmaân al-Ghafiqi, n’eut d’autres ressources que de ramener son armée vaincue à Narbonne, où, d’ailleurs, Al-Samh mourut des suites de ses blessures. Al-Ghafiqi, que nous retrouverons quelques dix ans plus tard à Poitiers, consolida néanmoins sa conquête de la Septimanie car Eudes d’Aquitaine n’avait pas pu ou pas voulu le poursuivre pendant sa retraite vers Narbonne. Contrairement à ce que nous dit l’histoire officielle de notre pays où l’on nous serine que Charles Martel arrêta les Arabes à Poitiers en 732, sauvant en quelque sorte l’Europe de l’Islam, les chroniqueurs arabes considèrent que c’est la défaite devant Toulouse, en 721, qui mit véritablement un coup d’arrêt à la conquête par les Musulmans des terres situées au Nord des Pyrénées. / …/  Leurs chroniqueurs se réfèrent au site de cette défaite comme au Balad al-Shuhada, ou chaussée des Martyrs ».

Depuis Narbonne donc, les Sarrasins lancèrent de nombreuses expéditions, et s’emparèrent de plusieurs villes du Midi : Carcassonne, Nîmes, Alet, Béziers, Agde, Maguelone, Autun, Beaune, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Sens, Luxeuil, etc. Parfois, c’était de simples razzias, mais aussi parfois des occupations durables (notamment Arles, vers 734). En 801, la Septimanie devint officiellement partie intégrante du domaine franc, et Charlemagne encouragea la colonisation de la région par des Francs venus du nord (notamment autour des nombreuses abbayes qu’il fit bâtir). Mais le Languedoc ne fut définitivement annexé à la couronne franque qu’en 1229.

 

Source : L’histoire méconnue de l’Islam en Gaule