La Chine oblige les musulmans du Xinjiang à installer une application de surveillance sur leur smartphone

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Depuis ce mois de juillet, la minorité musulmane de la province du Xinjang est forcée à télécharger une application mobile de surveillance. Objectif affiché par le gouvernement : détecter les contenus liés au « terrorisme ».

La Chine place sa minorité musulmane sous étroite surveillance. Les habitants de la province du Xinjang, dans le nord-ouest du pays, ont reçu un avis des autorités leur ordonnant d’installer sur leur smartphone une « application de surveillance », rapporte le site Radio free Asia, jeudi 13 juillet. La mesure vise les Ouïghours, peuple turcophone et musulman sunnite, qui sont environ 10 millions dans le Xinjang, soit 45 % de la population totale de la région.

Rédigé en mandarin et en ouïghour, le message a été transmis via la messagerie WeChat. Les utilisateurs de smartphones sous Android sont ainsi invités à scanner un QR code pour télécharger l’application dénomée Jingwang. Cette dernière permettrait, selon les explications des autorités, de « détecter automatiquement les vidéos, images, e-books et documents éléctroniques religieux » stockés dans les téléphones mobiles.

La « surveillance de masse » des musulmans du Xinjang

Des mesures de vérifications seront menées afin de s’assurer que chaque téléphone en soit équipé. Dans le cas où des contenus jugés illégaux seraient repérés, les utilisateurs concernés devront les supprimer. Quant à ceux qui refuseraient délibérément d’installer Jingwang, ils seront placés en détention pendant dix jours, font savoir des internautes. Sur les réseaux sociaux, certains soulignent d’ailleurs qu’une autre application, permettant aux utilisateurs de signaler des comportements suspects aux autorités, avait été mise en place en avril dernier par la police de Urumqi, la capitale du Xinjang.

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Concrètement, Jingwang scanne l’emprunte numérique des fichiers présents sur le téléphone et les fait correspondre avec la base de données du gouvernement qui répertorie tous les contenus relevant de l’apologie du terrorisme. L’appli collecte également les identifiants Weibo et WeChat, ainsi que le numéro IMEI du téléphone, les données de la carte SIM et des connexions Wi-Fi.

Une « intrusion dans la vie privée »

Cette initiative ne fait que resserer l’étau qui pèse sur la minorité musulmane. En mars et avril dernier, le gouvernement avait interdit le port de la burqa, de la barbe et des prénoms islamiques.

« Les autorités chinoises vont devoir s’expliquer sur cette application et sur ce qu’elle est capable de faire », affirme à Mashable Maya Yang, chercheure pour Human Rights Watch. « Si les autorités ont la responsabilité de protéger la sécurité publique, en combattant notamment le terrorisme, une telle collecte des données personnelles des citoyens lambda est une forme de surveillance de masse, et une intrusion dans la vie privée. »

« Je crois qu’il y a bien une raison de s’inquiéter sur les données que ces applis peuvent collecter à propos des utilisateurs et de leurs activités, sans qu’ils ne le sachent ni en consentent », déclare de son côté Joshua Rosenzweig, analyste chez Amnesty International.

Depuis des décennies, les Ouïghours sont réprimés et contraints au silence sous couvert de lutte antiterroriste. « Le gouvernement du Xinjiang a placé des espions partout : voisins, collègues de travail, délégués de classe… Les autorités ont des gens de confiance dans chaque rue. Les mosquées sont surveillées à l’entrée, et à l’intérieur il y a des caméras », racontait une étudiante ouïghoure aux Observateurs de France 24 en juin 2015.