L’abolition de l’esclavage par le Bey de Tunis (1846)

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Le 10 mai a été choisi pour la journée nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. 
Nous avons, tous êtres humains confondus, un devoir de mémoire à porter en cette occasion. En premier lieu, rappeler que l’Islam a été la seule religion a décourager l’usage de cette pratique en affranchissant automatiquement tout esclave maltraité.
En deuxième lieu, de rappeler que si en France il eut fallut attendre le 27 avril 1848 pour une abolition définitive, c’est deux ans plus tôt le 23 janvier 1846 qu’Ahmed Bey, Bey de Tunis, l’abolit sous forme de décret dont voici la teneur :

« Nous avons acquis l’entière certitude que la plupart des habitants de la Régence abusent des droits de propriété qu’ils ont sur les noirs et qu’ils les maltraitent. Vous n’ignorez pas cependant que nos savants jurisconsultes ne sont pas d’accord sur la question de savoir si l’esclavage, dans lequel les races noires sont tombées, s’appuie sur un texte formel; que la lumière de la religion a pénétré dans leur pays depuis longtemps; que nous sommes très éloignés de l’époque où les maîtres se conformaient, dans la jouissance de leurs droits, aux prescriptions édictées par le plus Éminent des Envoyés avant sa mort ; que notre loi sacrée affranchit, de droit, l’esclave maltraité par son maître; et que la législation a une tendance marquée vers l’extension de la liberté.
En conséquence, nous avons décidé, dans l’intérêt actuel des esclaves et l’intérêt futur des maîtres, comme aussi dans le but d’empêcher les premiers de demander protection à des autorités étrangères, que des notaires seront institués à Sidi Mehrez, à Sidi Mansour et à la Zaouia Bokria pour délivrer à tout esclave qui le demandera des lettres d’affranchissement qui nous seront présentées pour être revêtues de notre sceau.
De leur côté, les magistrats du Chara’ nous devront nous réenvoyer toutes les affaires d’esclaves dont ils seront saisis, et tous les esclaves qui s’adresseront à eux pour demander leur liberté. Ils ne permettront pas à leurs maîtres de les ramener à leur tribunal devant être un lieu de refuge inviolable pour des personnes qui fuient un esclavage dont la légalité est douteuse et contestent à leurs détenteurs des droits qu’il est impossible d’admettre dans notre territoire; car si l’esclavage est licité, les conséquences qu’il entraîne sont contraires à la religion, et il importe de les éviter, d’autant plus qu’il s’attache à cette mesure un intérêt politique considérable.
qu’Allah nous guide vers la voie la meilleure et récompense les croyants qui agissent dans le sens du bien.
Fait le 25 Muharram 1262 »

Décret du bey abolissant l’esclavage

Notons également que lorsque les Ottomans l’abolirent totalement, au lieu de remplacer l’esclavage par un travail sous-payé rendant le nouvel affranchi tout aussi dépendant de son maître devenu « patron », voir le discours de Tocqueville à ce sujet, le Sultan AbdulHamid leur donna des terres.