Lalla Fatma N’Soumer, la Jeanne d’Arc des Kabyles

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Héroïne du roman kabyle, Lalla aura été une figure majeure de la résistance algérienne. La vingtaine entamée, elle aura en effet des années durant causé de douloureux revers aux forces coloniales françaises. 

Née en 1240 H (1830) à Ouerdja en Haute Kabylie dans une famille de 5 enfants, elle grandit d’abord dans les pas de son père, directeur d’une école coranique. Spectatrice des méfaits de l’armée française en Algérie, manquant à se marier comme toute demoiselle de son âge, Lalla se lance à 19 ans dans la résistance. Se ralliant à Si Mohammed El-Hachemi, un homme de terrain qui avait déjà participé à l’insurrection du cheikh Boumaza deux ans plus tôt, elle se fait un nom en rassemblant et soutenant çà et là les résistants. En 1260 H (1850), elle est avec le Chérif Boubaghla, chef kabyle des Babors, l’une des têtes pensantes du mouvement anti-colonialiste. 

Très vite, elle est désignée à prendre la direction d’une brigade dont les guerriers envoyés dans des opérations kamikazes sont nommés les Imsemblen, ou les Volontaires de la mort. Elle collecte alors des fonds, de la nourriture et rassemble les hommes aptes au combat. Aussi, fait unique pour l’époque, elle participe aux assemblées politiques pourtant réservées aux hommes. 

Avec la mort au combat, en 1270 H (1854), de Chérif Boubaghla, Lalla Fatma N’Soumer rallie seule les troupes restantes. Une bataille se dessine, celle de Tachkirt. Affrontant un ennemi bien largement supérieur en nombre, la résistance algérienne remporte pourtant un franc succès. Peu après, Lalla, fait gagner une autre bataille aux Algériens, celle du Haut Sebaou, vainqueurs après deux mois de combat. Le nom de Lalla entre dans la légende. Des noyaux de résistantes se forment partout, et des régions entières restent ainsi des années durant hors du giron français. 

Les Français commandés par le général Mac Mahon subissant de lourdes pertes, ils sont contraints à demander des renforts. En 1273 H (1857) ils reviennent plus nombreux à la charge, avec entre autres têtes à faire tomber celle que l’on nomme déjà la Jeanne d’Arc de Djurdjura. Ainsi, malgré l’effort de guerre des mujahidin, ceux-ci peinent à renverser la vapeur face aux 35 000 soldats français désormais stationnés en Algérie. En juillet 1857 (1273), Lalla est finalement arrêtée, par un certain général Yusuf, mise en prison avant d’être placée en résidence surveillée à Beni Slimane. 

Son arrestation va sonner le glas de la résistance kabyle, qui va peu à peu s’éteindre. Lalla, de son côté, passera les 6 dernières années de sa vie en captivité, avant de rendre l’âme à seulement 33 ans, profondément affectée par sa condition comme par la mort de son frère plus tôt. 

Fameuse jusqu’en France, elle sera le sujet de bien des observations et textes. Les auteurs métropolitains vanteront ainsi son physique, décrit comme opulent, comme ses tatouages couvrent son corps ou ses nattes dépassant de son voile. Sa tombe sera elle longtemps l’objet de nombreux pèlerinages, quand encore aujourd’hui, nombre d’écoles et rues portent son nom. 

Renaud K.