Quelle est la contribution militaire maghrébine durant la Première guerre mondiale ?

D’un point de vue général, la France mobilisa plus de 580 000 soldats issues des colonies africaines ou asiatiques. Dont 430 000 hommes vinrent en Europe.

Concernant le Maghreb : nous retrouvons 175 000 Algériens, 60 000 Tunisiens, et 37 000 marocains. Soit environ 280 000 maghrébins selon les chiffres officiels. Notons aussi la présence de près de 155 000 Français d’Algérie.

Cette participation ne se fait pas sans heurts, la conscription est imposée en Algérie créant des révoltes comme dans le Constantinois en 1916. Elle contribue à environ la moitié des troupes. Celle-ci s’appuie aussi sur des engagés volontaires où l’armée représente une manière de gagner sa vie dans une Afrique du nord marquée par la pauvreté des classes populaires. Sur le front les soldats ont peu de droits comparé aux métropolitains, les permissions sont moins nombreuses et l’évolution dans la hiérarchie militaire est limitée (seulement 250 Maghrébins dont 200 Algériens deviennent officiers). L’effort de guerre s’observe aussi dans le travail : 120 000 Algériens sont employés en métropole avec des salaires plus attractifs que dans les colonies (le salaire est souvent envoyé aux familles restées au pays). Ces derniers subissent cependant un racisme notoire.

Les soldats maghrébins sont confrontés pour la première fois à la vie en Europe, ils tissent des relations avec leurs camarades métropolitains, même si la méfiance règne. L’État français prend conscience de la nécessité de répondre aux besoins des soldats : repas sans porc, aumôniers musulmans, apparition de carrés musulmans avec un modèle type de stèle funéraire… (un excellent article sur le sujet ici : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2014/08/23/30279901.html)

Après la guerre, les avancées politiques et sociales au profit des Maghrébins restent très limitées : limitation du code de l’Indigénat au profit des anciens combattants, pensions très modestes, vote autorisé à l’échelle locale, suppression des impôts arabes… C’est surtout le cas de l’Algérie. Etant donné le statut de protectorat du Maroc et de la Tunisie, ceux-ci ne sont pas concernés par de telles démarches (cf : article « Comment le Maghreb colonial est-il administré ? »).

Voici le témoignage d’un ambulancier, près du front de la Marne, marqué par les stéréotypes de l’époque et célébrant la bravoure des soldats coloniaux d’Afrique du Nord :
« Comme ce 2 Septembre [1914, front de la Marne], ainsi qu’à chaque tournant critique de cette guerre, les troupes d’Algérie vont arriver sur le champ de bataille à l’heure où il n’y a plus de place que pour des héros ! Après les zouaves, ce sont des tirailleurs dont les files profondes émergent de la nuit obscure, brusquement éclairées par nos phares. Étrange apparition ! Sous les casques jaunes, ces visages d’Orient semblent plus lointains que de coutume. Avec leur teint cuivré et leurs longs yeux en amande, ils évoquent les anciens samouraïs du Japon. Les plus grands et les plus beaux – dents blanches et barbes annelées – font surtout penser aux Sarrasins du Moyen-age. Et, dans les nombre, parmi les blancs comme parmi les indigènes, surtout parmi les vieux sous-officiers arabes, quels fiers visages militaires et quelles superbe démarches ! L’allure de ces hommes est si belle, si tranquille et si sûr… leurs titres sont les plus nombreux et les plus beaux qu’une troupe puisse revendiquer: petits-fils des zouaves d’Inkermann et de Sébastopol, de Magenta et de Solférino, des tirailleurs de Froeschwiller et de Wissembourg, héros eux-mêmes de Charleroi et de Guise, de Quennevières et de la Champagne, noblesse héritée et noblesse acquise les obligent à la fois. » [L’angoisse de Verdun: notes d’un conducteur d’auto sanitaire, Pierre-Alexis Muenier, éd. Presses universitaires de Nancy, 1991, p. 54]

45000 Maghrébins meurent durant ce premier conflit mondial.

Par Mehdi Benchabane
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Photographie : cimetière musulman à Bagneux en région parisienne en 1915 (source : blog études coloniales).

Pour poursuivre : Daniel Rivet, le Maghreb à l’épreuve de la colonisation, Paris, Fayard, 2010.

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