La face cachée du bio

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France 5

Moins d’engrais, moins de pesticides que l’industrie alimentaire classique, meilleure  teneur en fer, en magnésium, en antioxydants et en vitamine C …  C’est ‘la fête au bio’ et tout le monde se rue sur les produits estampillés AB (pour Agriculture Biologique), quitte à dépenser plus, sans se douter de ce qui peut se cacher derrière.

Dans son ouvrage “Vivez mieux et plus longtemps”, Michel Cymes revient sur les incohérences du bio et sur les produits, qui, industrialisés, perdent de vue l’essence du bio au profit d’une prise de marché des grands groupes industriels.

Rassurant, le label AB ne l’est pas tellement : Si appartenant au ministère de l’agriculture ses critères étaient sévères, le voilà devenu bien plus conciliant depuis qu’il est associé à l’eurofeuille – le label Européen du bio, bien plus souple NDRL – .

Alléchée par les profits et avec la bénédiction de Bruxelles, “la grande distribution s’est emparée du bio et la France s’est alignée peu ou prou sur les standards européens, elle est devenue moins exigeante, moins regardante, au point d’en arriver à accorder son logo AB à des produits sur lesquels il y aurait beaucoup à redire”.

On s’est alors mis à importer des produits dont la traçabilité est compliquée et dont la composition est à revoir :  rassurant le consommateur, on trouve aujourd’hui des jambons “bio” remplit de sel de nitrate, permettant cette couleur rose habituelle. Cet additif alimentaire est suspecté de jouer un rôle dans le développement d’un des cancers les plus répandus, le cancer colorectal. Les molécules de nitrite réagissent avec les protéines de la viande : cette réaction chimique donne lieu à des nitrosamines, des composés chimiques extrêmement dangereux et génotoxique, c’est-à-dire qu’elles peuvent causer des lésions et des mutations ADN en « casser » la structure des cellules et ainsi favoriser le développement de cellules cancéreuses. Beaucoup d’autres composants sont désormais à revoir.

Et si c’était seulement une affaire sanitaire, mais c’est aussi une question éthique : le bio se développait de manière locale et saisonnière, respectueuse de l’homme et de l’environnement. Mais depuis la prise de marché des grands groupes, les exploitations aux pratiques humaines douteuses, proche de l’esclavage, ne manquent pas en Espagne : “Vous seriez attristés de découvrir, dans le sud de l’Espagne, les conditions de vie et de labeur de ces femmes et de ces hommes venus d’Europe de l’Est et qui, payés à la catapulte, cueillent de rouges tomates, de verts concombres et de pulpeuses fraises qui finissent dans les rayons bio de nos supermarchés”.

Du conflit est né la divergence, et de la divergence de nouveaux labels : Ainsi des labels non reconnus – donc non subventionnés – ont vu le jour Bio-Cohérence, Nature et Progrès, Demeter entre autres, tous moins laxistes que l’Europe.

Des réseaux type AMAP (une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ayant pour objectif de préserver l’existence et la continuité des fermes de proximité dans une logique d’agriculture durable, c’est-à-dire une agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine) ou les réseaux de La Ruche qui dit Oui ! vous proposent de recevoir à échéance régulière des produits alimentaires issus de l’agriculture paysanne.

Avec eux, on sait qui produit, et dans quelles conditions. Car le bio, c’est bien, mais c’est encore mieux quand on sait d’où ça vient.