L’Arabie et l’Egypte rompent avec le Qatar, accusé de soutenir le terrorisme

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Trois pays du Golfe – Arabie Saoudite, Bahreïn et les Émirats – ainsi que l’Egypte ont annoncé la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, lundi, en invoquant des questions de sécurité nationale et en accusant Doha de déstabiliser la région et de soutenir des “groupes terroristes”.

Séisme diplomatique au Moyen-Orient : Ryad, Le Caire, Abou Dhabi et Manama ont rompu lundi avec le Qatar, accusé de soutenir le « terrorisme », quinze jours après un voyage de Donald Trump qui avait exhorté les pays musulmans à se mobiliser contre l’extrémisme.

Le Qatar, qui se targue de jouer un rôle régional et d’avoir été choisi pour organiser le Mondial-2022 de football, a également été exclu de la coalition militaire arabe qui combat des rebelles pro-iraniens au Yémen. Cette dernière mesure a été saluée par le gouvernement du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi qui a aussi rompu avec Doha. Il l’accuse de soutenir – malgré sa participation à la coalition arabe – ses adversaires, les rebelles Houthis.

Dans de brefs communiqués diffusés par leurs agences de presse officielles, l’Arabie saoudite et le Bahreïn ajoutent couper toutes les liaisons terrestres, aériennes et maritimes avec l’émirat.

Accusé d’accueillir des groupes terroristes

« L’Arabie saoudite a pris cette mesure décisive en raison des sérieux abus des autorités de Doha tout au long des dernières années […] pour inciter à la désobéissance et nuire à sa souveraineté », a déclaré un responsable saoudien. « Le Qatar accueille divers groupes terroristes pour déstabiliser la région, comme la confrérie des Frères musulmans, Daech (acronyme en arabe de l’EI) et Al-Qaïda », a-t-il accusé. Selon lui, Doha soutient aussi « les activités de groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif (est) », où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu’à Bahreïn, secoué depuis plusieurs années par des troubles animés par la majorité chiite de ce pays.

L’Égypte va de son côté fermer son espace aérien et ses ports maritimes à tous les moyens de transports qataris pour « préserver sa sécurité nationale », indique le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les grandes compagnies aériennes Emirates, de Dubaï, et Etihad, d’Abou Dhabi, ont annoncé la suspension de tous leurs vols vers et en provenance du Qatar à partir de mardi matin “jusqu’à nouvel ordre”.

Par ailleurs, les diplomates du Qatar ont 48 heures pour quitter leurs postes dans ces pays. Les citoyens qataris ont pour leur part 14 jours pour partir d’Arabie saoudite, des Emirats et de Bahreïn, et les ressortissants de ces trois pays se voient interdire de se rendre au Qatar.

Le Qatar a réagi avec colère

Le Qatar a rejeté une décision « injustifiée » et « sans fondement ». Elle a été prise « en coordination avec l’Egypte » et a un « objectif clair : placer l’Etat (du Qatar) sous tutelle, ce qui marque une violation de sa souveraineté » et est « totalement inacceptable », a affirmé le ministère des Affaires étrangères à Doha. Le Qatar « n’interfère pas dans les affaires d’autrui » et « lutte contre le terrorisme et l’extrémisme », a-t-il précisé.  L’émirat prendra « les mesures nécessaires pour mettre en échec les tentatives d’affecter sa population et son économie », a ajouté le ministère.

La Bourse de Doha a chuté de 8% à l’ouverture des transactions lundi matin.

De Sydney, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a pressé les pays du Golfe de rester unis.

Plus grave depuis la création du Conseil de coopération du Golfe

Il s’agit de la crise la plus grave depuis la création en 1981 du Conseil de coopération du Golfe (CCG : Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar).

En 2014, les trois pays du Golfe avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha en reprochant au Qatar ses liens avec l’organisation des Frères musulmans après le renversement du chef d’État égyptien Mohamed Morsi, qui en était issu, par l’actuel président Abdel Fattah al Sissi. L’Arabie saoudite voit dans la confrérie fondée en Égypte il y a près d’un siècle un rival à la pensée salafiste qu’elle promeut.

Ces développements sont intervenus alors que les autorités qataries ont affirmé la semaine dernière avoir été victime de « hackers » ayant publié sur le site internet de l’agence de presse officielle QNA de faux propos attribués à l’émir cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

L'émirat a rapidement été lâché par ses partenaires régionaux, dans le cadre d'une crise qui couvait, dit-on, depuis un certain temps
L’émirat a rapidement été lâché par ses partenaires régionaux, dans le cadre d’une crise qui couvait, dit-on, depuis un certain temps | Reuters

 

Controverse

Ces propos controversés rompaient avec le consensus régional sur plusieurs sujets sensibles, notamment l’Iran, vu comme un allié stratégique alors qu’il vient d’être accusé par l’Arabie saoudite d’être « le fer de lance du terrorisme ».

Ils contenaient aussi des commentaires négatifs sur les relations entre l’administration de Donald Trump et le Qatar, pourtant un proche allié des Etats-Unis.

La visite du président Trump à Ryad, son premier déplacement à l’étranger, avait été couronnée par la signature d’un accord sur « une vision stratégique » pour renforcer les relations économiques et de défense entre le royaume saoudien et les Etats-Unis.

Dans un discours le 21 mai à Ryad devant des dirigeants du monde musulman, Donald Trump avait appelé à « chasser » les extrémistes et « les terroristes », en référence aux groupes jihadistes, auteurs d’attaques dans plusieurs pays. Il avait aussi demandé à la communauté internationale « d’isoler » l’Iran. Le Qatar s’est plaint d’être victime d’une campagne hostile, notamment aux Etats-Unis, concernant son soutien présumé aux groupes islamistes.